Les Y, une génération
d’entrepreneurs ?

29 mars 2014
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Les jeunes français auraient la fibre entrepreneuriale. C’est ce qu’affirme l’étude de l’Observatoire Web School Factory et Fondation Coca-Cola réalisée par Harris Interactive[1] qui met en évidence que 73 % des jeunes de 15 à 29 ans interrogés aimeraient devenir leur propre patron. 52 % affirment même avoir déjà eu le projet de créer une entreprise ou leur propre emploi. Une autre étude, réalisée en 2013 par Opinion Way pour le MoovJee[2] montrait déjà que les jeunes ont une image plutôt positive de l’entrepreneuriat.

Moins d’un entrepreneur sur dix a moins de 25 ans

Mais qu’en est-il dans la pratique ? Moins d’un entrepreneur sur dix a moins de 25 ans. Les freins à la création avancés sont le manque de moyens, d’expérience, de confiance dans le marché… Le décalage entre le déclaratif et la réalité des faits nous semble assez important pour que ces chiffres nous interrogent.

Si l’on se penche sur les diverses études réalisées ces dernières années sur les jeunes et l’entrepreneuriat, on remarque en effet que l’envie de créer semble suivre une courbe exponentielle. Elle n’est sans doute pas sans lien avec le lancement de nouveaux programmes de sensibilisation depuis le début des années 2000, l’émergence de formations diplômantes et de structures d’incubation au sein des établissements.

Cette envie de créer est-elle aussi largement partagée et sur quoi se fonde-t-elle ? L’étude du MoovJee répertorie un ensemble de motivations qui s’articulent autour du souhait d’être libre de ses décisions (89%), de montrer son potentiel (86%), de faire ses propres expériences (85%), de faire émerger une idée à laquelle on croit (84%) et enfin d’être son propre patron (80%).

On retrouve le même désir d’indépendance chez les créateurs tous âges confondus[3], mais également le souhait d’exprimer son goût d’entreprendre et d’affronter de nouveaux défis qui arrive en seconde position, représentant une motivation forte pour 44% des entrepreneurs. N’est-ce pas là que se joue la différence ?

Une alternative séduisante au salariat ?

On peut se demander si le désir de créer sa propre entreprise ne constitue pas pour les jeunes, une alternative séduisante face au salariat. Il ne serait pas dénué de bon sens de faire l’hypothèse qu’aujourd’hui plus qu’hier, l’entreprise fait peur. Les jeunes sont non seulement confrontés au chômage de leurs parents mais aussi à leur stress grandissant, et dans une certaine mesure leurs désillusions. Huit salariés sur dix estiment que la récession a augmenté depuis cinq ans le niveau de stress dans les entreprises[4]. Ces dernières ont été amenées à réduire leurs effectifs et à être plus sélectives sur les possibilités de promotion et de formation tandis que la charge de travail pesant sur les salariés a augmenté.

Les jeunes pensent que pour réussir, on ne peut compter que sur soi-même, affirme l’étude « Génération quoi ». Pour Cécile Van de Velde, sociologue, ils sont « individualistes, libéraux, par dépit plus que par essence ».

Leur réticence à passer à l’action une fois confrontés au principe de réalité interroge leur désir d’entreprendre et laisse suggérer que la création d’entreprise pourrait être davantage l’expression d’un fantasme qu’un projet, celui d’échapper à la contrainte sociale imposée, d’être avant tout maître de sa vie et de son destin. Ce qui pourrait expliquer au moins en partie ce décalage grandissant entre déclaratif et passage à l’acte… mais qui bien entendu reste à prouver en approfondissant la question.

Des aspirations qui ont évolué

Quoi qu’il en soit, Cécile Van de Velde insiste sur le fait que les aspirations des jeunes ont évolué ces dernières années face à la crise. Ils aspirent à se développer, se réaliser dans le travail tandis que l’intégration sur le marché  est vécue comme une épreuve. Le modèle propre aux pays scandinaves est de fait assez stimulant : plutôt que de prôner une intégration rapide dans la vie active, il donne « un temps à la définition de soi, à la construction non pas de diplômés mais d’adultes au sens général du terme ». Sont alors valorisées les expériences autres que les études : stages, activités extra-scolaires, engagement, mobilité internationale, création d’entreprise ; ce qui pour la sociologue pourrait constituer une solution pour répondre au besoin des jeunes d’apaiser leur angoisse et de déployer leur créativité, leur confiance en eux. c’est déjà ce que font certaines écoles mais la pratique est encore loin d’être la norme dans l’ensemble des établissements d’enseignement.

Consulter l’étude



[1] *Etude Harris Interactive pour la _Web School Factory – Fondation Coca-Cola réalisée en ligne du 14 au 24 février 2014, sur un échantillon de 1 036 jeunes âgés de 15 à 29 ans. Méthode des quotas et redressement appliquée aux variables de sexe, d’âge, de statut d’activité et de région. http://www.e-orientations.com/actualites/la-generation-y-reve-de-devenir-patron-14611

[2] http://www.opinion-way.com/pdf/opinionway_-_moovjee_-_image_de_l_entrepreneuriat_aupres_des_jeunes.pdf

[3] INSEE, 2010. http://www.journaldunet.com/economie/magazine/les-raisons-de-la-creation-d-entreprise.shtml

[4] Baromètre de Manpower, 2013. http://www.lefigaro.fr/social/2013/10/01/09010-20131001ARTFIG00453-le-stress-progresse-dans-les-entreprises-avec-la-crise.php


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